Logo de l’APSSII (association de patients souffrant du syndrome intestin irritable) ou colopathie fonctionnelle
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COLOPATHIE

CAUSES - MECANISMES

Introduction

Les causes et mécanismes du syndrome de l'intestin irritable (SII) sont multiples et en partie mal ou non élucidées.

Le plus souvent on ne retrouve pas de facteur déclenchant évident à l'origine des symptômes.

Il existe des facteurs dit périphériques (liés à l'organe ou à son contenu) et des facteurs centraux (liés aux contrôles des mécanismes douloureux par la moelle épinière et le cerveau)

Ford AC, Talley NJ. IBS in 2010: advances in pathophysiology, diagnosis and treatment. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2011,8:76-8.

Facteurs périphériques

Motricité intestinale : le tube digestif présente spontanément des contractions à jeûn ou en réponse aux repas, ce qui correspond à la motricité intestinale qui peut être enregistrée chez l'homme notamment par des examens spécialisés qu'on appelle la manométrie. Dans les années 1980, on pensait que le SII était lié à des troubles de la motricité intestinale, mais les enregistrements de la motricité ont montré que ces troubles étaient inconstants et n'apparaissaient pas en même temps que les symptômes.

Dans environ un quart des cas, le SII peut faire suite à un épisode aigu infectieux de type gastro-entérite. Ceci arrive plus fréquemment chez les femmes, quand l'épisode infectieux dure plus de 5 jours, et sur un terrain de stress et d'anxiété. Il s'agit le plus souvent dans ce cas de formes avec diarrhée prédominante. On parle alors de SII post-infectieux, dont l'évolution est un peu différente des autres (amélioration des symptômes plus fréquente au cours du temps), mais pour lequel le traitement est le même.

Une micro-inflammation a été retrouvée dans le SII post-infectieux mais aussi dans les autres formes. Cette inflammation n'est pas visible lors de la coloscopie. Elle est mise en évidence sur les biopsies par des techniques d'analyse qui ne sont pas utilisées en routine mais uniquement dans le cadre de travaux de recherche. On retrouve une augmentation de certaines cellules impliquées dans l'inflammation, comme les mastocytes qu'on retrouve en plus grand nombre à proximité des terminaison nerveuses (nerfs qui transportent l'information des messages douloureux de l'intestin vers le système nerveux central).

Flore intestinale (ou microbiote) : à l'état normal il existe plus de bactéries dans le tube digestif que de cellules dans le corps humain. Ces bactéries sont surtout présentes dans le côlon. L'ensemble des bactéries du tube digestif est appelé flore intestinale ou microbiote. Chez certains patients a été décrite une pullulation chronique de bactéries au niveau de l'intestin grêle (excès de bactéries par rapport à la normale) (lien schéma anatomique) avec dans certains cas des effets favorables ou défavorables de la prise d'antibiotiques. Ceci a suggéré un rôle possible des bactéries dans la physiopathologie du SII. Les études de la flore intestinale sont difficiles à réaliser et coûteuses et de ce fait ne sont effectuées qu'en recherche (lien recherche). Des différences ont été décrites dans la composition de la flore entre des patients et des sujets sains et chez les patients suivant leurs troubles du transit.

Anomalie de la Perméabilité intestinale : Cette flore intestinale pourrait modifier la perméabilité du tube digestif favorisant le passage de substances de la lumière du tube digestif où se trouvent les matières (schéma) dans la paroi des intestins où se trouvent notamment des terminaisons nerveuses en lien avec le reste du système nerveux.

Facteurs centraux

Hypersensibilité du Tube Digestif : la perception anormale et/ou douloureuse par certains patients de phénomènes habituellement non perçus comme la passage du bol alimentaire (progression des aliments après un repas) a fait évoquer la possibilité d'une hypersensibilité digestive. Cette anomalie a été confirmée dans des études où on réalisait une distension du côlon ou du rectum avec des ballons. Les patients avec SII avaient des sensations (gaz, besoin d'aller à la selle, inconfort ou douleur) pour des volumes de distension inférieurs à ceux des sujets sains et parfois des sensations douloureuses dans des zones inhabituelles. Ce type de tests de distension n'est utilisé qu'en recherche.

Anomalies des controles des messages douloureux au niveau de la moelle épinière ou du cerveau : Chez deux tiers des patients a été décrit une anomalie des contrôles de la moelle épinière sur les informations douloureuses partant de l'intestin pour aller au cerveau (schéma). Des techniques modernes d'imagerie comme l'IRMf (Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle) ou le TEP-Scan (Tomographie par émission de positron couplée au scanner), permettent de détecter l'activation des zones cérébrales lors d'une pensée ou d'une stimulation. Des enregistrements d'IRMf réalisés chez des patients avec SII pendant une distension du rectum avec un ballon ont montré des différences d'activation de zones cérébrales en quantité ou localisation par rapport à des sujets sains (sans SII). Ces différences touchent notamment les zones impliquées dans la douleur, les émotions (stress, anxiété).

Stress et facteurs psychologiques : L'influence du stress et de certains états psychologiques (dépression, anxiété..) peut favoriser ou entretenir certains symptômes et notamment les douleurs. On note d'ailleurs chez certains patients une diminution de l'intensité des symptômes avec la diminution du stress, notamment en période de week-ends ou de vacances. Les patients remarquent souvent un lien entre un événement stressant ou un état d'anxiété et une majoration de leurs symptômes. Le stress est associé à la libération de certaines hormones susceptibles d'influencer des fonctions digestives comme le transit (exemple : diarrhée liée au stress avant un examen), ou la perméabilité du tube digestif.

Autres facteurs

Génétique, éducation et facteurs d'environnement : il n'existe pas actuellement de gène expliquant à lui seul la maladie. Plusieurs cas de SII peuvent exister dans une même famille (frères et sœurs, parents et enfants) sans qu'un lien avec la génétique ait été retrouvé pour l'instant. D'autres facteurs (environnement, éducation..) pourraient expliquer ces associations. Les variations (polymorphisme) par rapport à la forme plus fréquente de certains gènes ont été retrouvées au cours du SII et concernent des récepteurs d'hormones ou neurotransmetteurs qui peuvent être impliqués dans la maladie et pourraient expliquer des différences de réponses à certains traitements.

 Parution : samedi 16 avril 2011 • Mise à jour : mercredi 13 mai 2015